JULIE_JOUBERT
[NOMINÉE PRIX CAISSE D’ÉPARGNE 2020]

mido _

J’ai rencontré Ahmed en 2017 dans un centre de réinsertion pour jeunes en difficulté. Via les réseaux sociaux, nous nous sommes retrouvées deux ans plus tard. Diminutif, surnom, pseudonyme : MIDO est un moyen de brouiller les pistes de sa trajectoire incertaine. Se présentant sous différentes identités au fil de ses rencontres. Ahmed se cache autant qu’il a envie d’être découvert. À travers un parcours de vie chaotique ponctué d’élément douloureux, il survit avec le rêve de devenir modèle. Sa grande fragilité, son caractère autodestructeur ainsi que sa capacité à se dévoilé m’ont tout de suite convaincue de la nécessité de le suivre dans son quotidien sur une durée indéterminée. Le rencontrant régulièrement dans le quartier de Max Dormoy à Paris, je l’observais fascinée par son caractère instable et son insouciance. de cette rencontre est née l’envie de mettre en lumière cette jeunesse livrée à elle-même, totalement inadaptée face à notre société. 

Picturales, les images très nettes prises au reflex numérique transposent Ahmed dans une dimension fantasmée. Les temps de pose sont lents, Ahmed joue avec sa propre image et adopte des postures de modèle. Celles réalisées au jetable sont prises sur le vif , dans la précipitation. La dureté du flash, le manque de netteté et le grain de l’image rendent possible l’apparition de failles, de ratés. Cette alternance de prise de vue a pour but d’expérimenter les degrés de contrôle de l’image en résonance avec le caractère mouvant de la vie d’Ahmed. Menacé d’expulsion puis incarcéré à la prison de la Santé, le projet continue sous de nouvelles formes d’écritures. En effet, malgré son absence, Ahmed et moi sommes restés en contact. Des photographies à la volée que j’ai prises au parloir du Centre de Rétention Administrative aux images qu’Ahmed a pu m’envoyer de sa cellule en prison, l’image pixellisée des vieux téléphones portables s’est imposée comme le moyen de restituer ce contexte.  La fragilité de l’image basse définition coïncide alors avec la perte progressive de liberté.

L’utilisation de ces différents moyens de captation (numérique, jetable, images prises au téléphone portable, archives, photomathon) répondent à une cohérence esthétique nécessaire face au sujet. D’une réalité fantasmée à l’enfermement bien réel, de la fiction picturale à l’abstraction du pixel, les différentes qualités d’images accompagnent chacun des aspects de la vie d’Ahmed. Comme un miroir fragmenté, ces photographies dressent le portrait de ce jeune en devenir, se cherchant encore et toujours dans une société où il peine à trouver sa place.

La Caisse d’Épargne Côte d’Azur est un compagnon de longue route du festival. Grâce à son mécénat, l’association Sept Off s’engage année après année auprès des créateurs de la scène photographique contemporaine, en offrant un prix de 2500 euros en numéraire : un soutien concret, matériel, au travail de production photographique de l’artiste auquel un jury ad hoc attribuera ce prix en ouverture de festival.

Pour cette nouvelle édition du festival L’IMAGE_SATELLITE, quatre photographes ont été sélectionnés par le comité de sélection : chacun à leur manière, il et elles tirent les fils d’une histoire personnelle. Quatre récits photographiques qui donnent à voir et à entendre des vies singulières ou banales, dans leur intimité comme dans leur engagement public. Durant le festival, cette programmation sera mise à l’honneur sous 2 formes, la projection et l’exposition.

infos

 Julie_Joubert 

_ le 109 – pôle de cultures contemporaines _ nice
projection les 26 & 27.09 de 14h à 18h

_ uni-vers-photos _ nice
projection en continu du 29.09 au 31.10
mer – sam : 16h – 19h

_ caisse d’épargne masséna _ nice
exposition collective du 29.09 au 31.10
mar – ven : 8h45 – 12h30 & 14h – 17h30
sam : 8h45 – 12h30