« Mon rêve de gamin » explore de manière poétique la frontière fragile entre rêve et réalité, à travers le regard de jeunes mineurs isolés à Paris.
Au commencement, il y a l’image de l’océan : son immensité, son vertige, la promesse d’une vie possible ailleurs. Pour Dieudonné, Mohammed, Aïssata, René, Youssouf, Diallo et les autres, cette image demeure telle une force intérieure, une manière de tenir face à l’attente.
À Paris, pourtant, l’ailleurs rêvé se heurte à une réalité plus âpre. La ville, longtemps portée comme une promesse, se révèle par seuils successifs — un banc, un parc, un gymnase, une adresse provisoire — autant de lieux où reprendre souffle sans jamais vraiment pouvoir s’arrêter. Les journées s’étirent entre démarches, déplacements et convocations, suspendues aux décisions administratives et à l’attente de papiers tant espérés.
Le rêve de gamin se froisse alors au contact de la rue et des murs silencieux. Pourtant, quelque chose persiste. Dans un geste, un regard, une manière de se tenir, affleure une forme fragile d’espérance. C’est cette persistance que ce travail cherche à approcher — ce qui demeure du rêve lorsque l’exil, l’attente et la vie à la rue en éprouvent chaque jour la possibilité.
Les images avancent par fragments. Elles s’attardent sur des gestes, des visages, des lieux de passage, des moments de repos, des traces discrètes d’une vie suspendue. Dans l’espace, certains de ces fragments se déploient comme une traversée du quotidien, où les corps, les lieux apparaissent dans leur précarité silencieuse. Des cartes sensibles réalisées par les jeunes déplacent à leur tour le regard. Elles ne dessinent pas le Paris des rues ouvertes et des possibles, mais celui des rues obligées, des démarches à accomplir, des lieux d’accueil, des zones de confiance qui deviennent refuge.
Dans ce même mouvement, des compositions sonores viennent rejoindre les images et ainsi prolonger la traversée par l’écoute. Au fil des moments partagés avec Dieudonné, sa voix, sa manière de tenir la parole ont ouvert un espace plus intérieur encore.
C’est à ses mots que le titre est emprunté ; il porte la persistance fragile d’un rêve d’enfant, confronté à la rue, aux frontières et aux formes invisibles de l’attente.
Florence Cuschieri est une artiste visuelle. Nourrie par ses racines méditerranéennes, sa pratique explore les liens entre mémoire, exil et transmission, en faisant dialoguer traces personnelles et histoires collectives. À la croisée d’une approche documentaire et poétique, elle cherche à faire émerger des présences fragiles, des gestes de résistance et des récits souvent laissés hors champ.
Lauréate en 2024 du Luma Rencontres Dummy Book Award et de la commande Regards du Grand Paris, elle a exposé son travail en France et à l’international. Son travail a notamment été publié dans M Le Monde (FR), Der Greif (DE) et le British Journal of Photography (UK).
Son premier livre, La Ronde des hirondelles, a été publié en 2025 aux éditions Chose Commune.
19.09 > 10.10
mer – dim : 12h – 18h
+ nocturnes les samedis jusqu’à 22h
Vernissage
sam 19.09 > 13h – 22h
Bus : lignes 7, 8, 14, 19, 88
Tramway : arrêt Vauban
Train : gare de Riquier
+ 2 stations vélo-bleu sur la route de Turin et le boulevard Vérany