AIDA LECHUGO

une question de transparence

UNE QUESTION DE TRANSPARENCE s’inscrit dans une pratique artistique hétérogène où coexistent la photographie, le textile et l’audiovisuel. Le travail de l’artiste se déploie sous forme de projets de recherche ancrés dans des territoires spécifiques, souvent liés au contexte culturel méditerranéen.
Le projet prend pour point de départ la région du Guadalteba/Guadalhorce, en Andalousie, et la construction de barrages réalisée par le régime franquiste dans le cadre du Plan de transformation et de colonisation approuvé en 1952.
Ces infrastructures ont entraîné l’inondation de territoires et de villages entiers, provoquant la disparition de leur histoire ainsi que la destruction de nombreux sites archéologiques. Paradoxalement, certains vestiges ont réapparu plus tard, révélés par l’érosion des sols causée par l’eau.
S’inspirant des méthodes d’enquête propres aux sciences humaines et sociales, sa pratique articule photographie, archive et document, tout en se nourrissant de la littérature, de l’histoire de l’art, des études visuelles, de l’archéologie et de l’histoire. Elle revendique une curiosité méthodologique, cherchant à s’approprier des outils variés pour les réactiver dans des processus de création.
Le projet se construit à travers plusieurs médiums, générant différents points de vue autour d’une même recherche. La pièce vidéo agit comme une introduction, en mobilisant des archives issues du NO-DO, dispositif de propagande franquiste diffusé dans les cinémas puis à la télévision. Le montage juxtapose des images d’inaugurations de barrages avec d’autres, plus tardives, où ces espaces apparaissent comme des lieux de loisirs, introduisant un contrepoint critique au récit historique dominant.
Dans ce contexte, le textile émerge comme un outil de réinterprétation des archives photographiques et archéologiques. La pratique du tissage est réactivée à la fois en raison de son oubli historique et de son potentiel comme forme de transmission, d’appartenance et de résistance. Elle s’ancre également dans une dimension personnelle : ayant grandi dans un environnement où sa mère travaillait le textile, l’artiste y voit un langage alternatif, en contraste avec d’autres formes d’écriture. Le tissage introduit ainsi des temporalités de production plus lentes, envisagées comme une résistance aux logiques productivistes.
Les pièces textiles sont élaborées à partir de la transformation d’images d’archives, photographies de chantiers, de sites archéologiques ou d’objets disparus, en patterns. Elles reposent sur une logique de stratigraphie : des couches de fils qui, tantôt, révèlent, tantôt dissimulent l’image, rendant sa lecture partielle, voire abstraite. Ce processus introduit une distance critique vis-à-vis de l’archive et ouvre un espace de questionnement face aux récits hégémoniques de l’histoire. La fragmentation, inhérente au tissage d’images à grande échelle, fait émerger une mémoire discontinue, proche d’une mosaïque à recomposer.

Sa pratique, fondée sur la recherche, interroge les relations entre territoire, mémoire et matérialité, en s’intéressant aux traces, visibles ou invisibles, que les lieux accumulent au fil du temps. En combinant travail de terrain, recherche archivistique et production artistique, ses projets engagent des dimensions à la fois sociales et politiques, cherchant à rendre tangibles les liens entre ce qui est visible et ce qui demeure caché.

Aida Lechugo vit et travaille à Arles, France. Sa pratique met en dialogue l’image et le textile dans un champ de création documentaire-spéculative, tout en s’inscrivant dans une recherche théorique et critique.
Elle est diplômée en Beaux-Arts (Málaga, Espagne, 2016) et en archéologie préhistorique (Madrid, Espagne, 2019). Elle a ensuite poursuivi sa formation au sein d’un programme consacré à la culture, au territoire et aux pratiques artistiques contemporaines au Centro Huarte (Navarre, 2021). En 2022, elle intègre l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, où elle effectue également une mobilité à l’Istituto Superiore per le Industrie Artistiche (Urbino, Italie). Durant cette période, elle développe un intérêt particulier pour l’objet éditorial.
Ces dernières années, elle a participé à plusieurs expositions dans le contexte européen. En 2026, elle est lauréate du Prix Réattu de la création émergente pour son projet Une question de transparence.
Son travail récent s’oriente vers l’exploration de pratiques historiquement développées par des femmes, en particulier dans le champ du textile. La notion d’intersection traverse l’ensemble de sa pratique, donnant lieu à des projets d’édition collective ainsi qu’à des initiatives textiles fondées sur la collaboration intergénérationnelle.

QUAND ?

19.09 > 10.10
mer – dim : 12h – 18h
+ nocturnes les samedis jusqu’à 22h

Vernissage
sam 19.09 > 13h – 22h

COMMENT ?

Bus : lignes 7, 8, 14, 19, 88
Tramway : arrêt Vauban
Train : gare de Riquier

+ 2 stations vélo-bleu sur la route de Turin et le boulevard Vérany