À partir de scans haute résolution de vidéos et d’images publiées sur les réseaux sociaux par le DHS (Department of Homeland Security) et l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), We Will Not be Stopped documente le virage propagandiste des canaux de communication officiels des agences répressives américaines, qui adoptent désormais l’esthétique des contenus générés par les utilisateurs et laissent apparaître des motifs visuels associés aux idéologies d’extrême droite.
Depuis le retour de l’administration Trump, les agences de sécurité et de contrôle de l’immigration se sont éloignées de la communication institutionnelle classique. Sur les réseaux sociaux, elles diffusent des vidéos et des images à l’esthétique pauvre et faussement spontanée, soigneusement conçues pour se fondre dans « le feed » et y prospérer. Elles s’approprient l’edit : un format court et accrocheur issu des cultures de fans, généralement monté en musique à partir de compilations rapides d’extraits de célébrités, de films et de séries, souvent utilisé pour mettre en valeur des personnages, des ambiances ou des arcs narratifs.
Les vidéos publiées par le DHS et l’ICE cochent la plupart de ces cases : elles visent un rendu amateur en remixant des images et des séquences de basse qualité (ou en dégradant volontairement leur définition) avec des fragments de chansons populaires, auxquels s’ajoutent filtres, bruit et artefacts de compression. Il en résulte un langage visuel à la fois surréel et déroutant, qui d’un côté aplatit et « gamifie » la violence, et de l’autre normalise l’adoption par l’État des codes irrévérencieux de la culture internet. L’edit sert à abstraire la violence, glorifie le déploiement de la force étatique contre des individus et des communautés, et finit par anesthésier le public face au spectacle des forces de l’ordre raflant et arrêtant des gens dans la rue.
Sous la couche superficielle de mèmes et de références à la pop culture, ces contenus puisent, le plus souvent de manière explicite, dans le vocabulaire visuel de l’extrême droite : choix musicaux, textes incrustés, imagerie symbolique. Pris isolément, chacun de ces éléments pourrait passer pour une coïncidence ; vus ensemble, ils dessinent un motif indiscutable. Ce travail cherche à rendre ce motif visible. Les vidéos sont scannées pendant leur lecture, les images fixes en haute résolution, les unes comme les autres à 4800 dpi. Les vidéos sont montrées en plein écran : le scan ne capte pas le mouvement, mais enregistre les textes incrustés, qui persistent souvent pendant toute la durée de la vidéo. Les images, présentées sous forme de fragments agrandis, s’attachent à décoder ce langage visuel sans montrer les publicités d’origine.
We Will Not be Stopped, dont le titre reprend un texte incrusté dans l’une des vidéos, examine et archive ces contenus avant qu’ils ne disparaissent dans l’algorithme, constituant une trace en vue de futures demandes de comptes. Ces nouvelles images ne relèvent pas seulement d’une stratégie de communication : elles marquent une mutation plus profonde de la propagande d’État, pensée pour se glisser dans les habitudes de consommation des contenus générés par les utilisateurs.
Marcel Top (né en 1997, Belgique) est un artiste visuel qui vit et travaille entre la Belgique et Londres. Il a récemment exposé ses œuvres dans le cadre de divers événements et lieux, notamment .tiff au FoMu (Belgique), Fotofestiwal (Pologne), La Médiatine (Belgique), Utopias Photofestival Lahti (Finlande), l’exposition du 15e anniversaire de Der Greif (Allemagne), Openwalls Arles à la Galerie Huit (France), Archipel_0 chez Contretype (Belgique), 3865Km to the West à Malines (Belgique), PhEST (Italie), PhMuseumdays (Italie) et Photo OpenUp (Italie). Ses œuvres figurent dans les collections de l’University of the Arts London et de l’Institut pour la photographie de Lille.
Il a reçu plusieurs distinctions, dont le Discovery Award aux Encontros da Imagem, le Prix Médiatine (2024), le Folio #3 de l’Institut pour la photographie (2023), la bourse d’exposition PhMuseum (2022) et le prix SOFAM (2019). Son travail a été présenté dans des publications telles que l’annuel de Photoworks, le British Journal of Photography, Phroom, PhMuseum, Zone Magazine et .tiff.
Après avoir étudié la photographie à Narafi (Bruxelles), Marcel Top a poursuivi ses études par un master en photojournalisme et photographie documentaire au London College of Communication.
Marcel Top explore les thèmes de la surveillance de masse, de la vie privée et de la collecte de données. Sa pratique associe une approche traditionnelle de la recherche documentaire à une utilisation plus expérimentale des nouvelles technologies (telles que la reconnaissance faciale, l’analyse des mouvements et les deepfakes). L’artiste utilise ces technologies pour visualiser et examiner des scénarios dans lesquels les individus peuvent se protéger et défendre leurs droits en s’informant et en reprenant le contrôle sur les outils de surveillance.
Les projets de Marcel Top, qui traitent des droits humains, des abus policiers et de la reconnaissance faciale lors de manifestations, visent à contraster avec la nature abstraite des mécanismes algorithmiques sous-jacents à la surveillance de masse. Il propose une visualisation concrète du phénomène et confronte le public à l’ampleur de la surveillance exercée sur les sociétés ainsi qu’aux risques éthiques qui en découlent, tout en suggérant des solutions théoriques.
19.09 > 10.10
mer – dim : 12h – 18h
+ nocturnes les samedis jusqu’à 22h
Vernissage
sam 19.09 > 13h – 22h
Bus : lignes 7, 8, 14, 19, 88
Tramway : arrêt Vauban
Train : gare de Riquier
+ 2 stations vélo-bleu sur la route de Turin et le boulevard Vérany