FRANCESCA COMUNE

Behind The Curtain

LE 109

Grande Halle

VERNISSAGE

samedi 20.09 I 14h - 21h
Un regard sur les mécanismes invisibles d’un commerce transnational à Bruxelles

BEHIND THE CURTAIN est une enquête visuelle et territoriale menaée dans le quartier de Cureghem, à Bruxelles, l’un des plus grands centres européens du commerce de véhicules d’occasion à destination de l’Afrique de l’Ouest. À la croisée de la photographie documentaire, de la recherche socio-anthropologique et de la pratique installative, le projet s’attache à révéler les réseaux opaques, les gestes codés, les signes invisibles qui façonnent un territoire marqué par la mondialisation, l’héritage colonial, et des économies informelles puissantes. Ce projet est né d’une immersion de plusieurs mois dans un espace complexe, traversé par des flux matériels et immatériels : entrepôts délabrés, concessions improvisées, seuils bricolés, numéros inscrits à la craie sur les pare-brise, appels téléphoniques passés à toute heure pour conclure des ventes à des milliers de kilomètres de distance. À travers cette cartographie sensible, BEHIND THE CURTAIN met en lumière les tensions spatiales, culturelles et symboliques d’un quartier en mutation.

Un commerce omniprésent mais hors-champ

Depuis plus de deux décennies, le quartier de Cureghem est devenu une plaque tournante du commerce de véhicules à destination du Bénin, du Togo, du Ghana et du Nigeria. Pourtant, ce secteur reste étonnamment absent des représentations officielles de la ville. Il se déroule presque entièrement à distance, souvent entre hommes, via des réseaux téléphoniques. On y trouve un langage codé visuel et gestuel, fait de marquages muraux, de symboles peints, de gestes partagés. Peu d’échanges passent par des plateformes numériques classiques : l’opacité est une stratégie autant qu’une contrainte. Ce commerce est largement dominé par une poignée d’acteurs — en majorité libanais ou belgo-libanais — qui contrôlent une part significative du flux. Le port d’Anvers exporte chaque année environ 250 000 véhicules d’occasion vers l’Afrique de l’Ouest, faisant de la Belgique un acteur clé de cette géographie économique, où les anciennes routes coloniales croisent les logiques capitalistes contemporaines.

Une méthodologie hybride et située

Le projet s’appuie sur un corpus photographique constitué depuis 2024, enrichi d’observations ethnographiques et de matériaux visuels collectés sur le terrain. Il s’agit d’un regard attentif mais non intrusif, conscient des dynamiques de pouvoir et des asymétries de position. Francesca assume pleinement sa place dans ce contexte : celle d’une femme blanche, étrangère à l’environnement culturel et économique qu’elle observe, ce qui donne au projet une dimension réflexive et critique essentielle. Les images produites ne visent pas à “illustrer” une réalité, mais à activer des récits latents. Le projet mobilise une pluralité de formats : photographies documentaires, détails de signes commerciaux, fragments d’objets récupérés, photomontages hybrides mêlant éléments réels et fictions visuelles. Ces dispositifs plastiques interrogent la matérialité même de l’image dans un contexte où l’information circule de façon fragmentée, cryptée, parfois illisible pour le regard extérieur.

Entre art, recherche et critique visuelle

BEHIND THE CURTAIN s’inscrit dans une tradition de recherche artistique critique qui traverse l’histoire de la représentation urbaine — de l’ombre portée évoquée par Pline l’Ancien à la reproduction mécanisée analysée par Walter Benjamin, jusqu’aux images générées par des machines pour d’autres machines décrites par Trevor Paglen. Ici, l’image n’est pas preuve, mais interface : elle agit comme seuil, comme archive mouvante, comme fragment d’un territoire dont les logiques d’organisation échappent aux grilles classiques de lecture. Le projet interroge le rôle de l’image dans la construction des récits urbains à l’ère des plateformes, du contrôle algorithmique et de la globalisation des infrastructures. Il pose cette question : qu’est-ce qu’une image peut révéler lorsque ce qu’elle montre est justement fait pour rester invisible ?

Une installation pensée comme espace-temps flottant

L’exposition BEHIND THE CURTAIN ne propose ni narration linéaire ni cartographie exhaustive. Elle construit un espace de perception fait de frictions visuelles, de silences, de micro-répétitions. L’installation articule grands formats, impressions rétroéclairées, objets construites en references au forme présentés dans le quartier. , pour inviter le spectateur à expérimenter une forme de déplacement perceptif. Elle opère comme une scène urbaine fragmentée, où chaque élément – tag de vitre, typologie gestuelle, enchevêtrement logistique – devient révélateur d’un système plus large.

Partenaires et soutiens

Ce projet a été rendu possible grâce au soutien de la Fondation Roi Baudouin, dans le cadre de l’initiative Roger De Conynck (Fonds).

Francesca Comune est une artiste visuelle d’origine italienne, née à Naples en 1997 et actuellement basée à Bruxelles. Après plusieurs années passées à Milan dans l’industrie de la mode, notamment dans le secteur de l’édition, elle entame en 2018 des études de photographie à l’ARBA-ESA (Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles).

Lauréate du Prix Roger de Conynck en 2021 et du Prix Tour à Plomb en 2023, elle obtient un Master en Beaux-Arts, Arts visuels et spatiaux à l’ARBA-ESA. Elle poursuit aujourd’hui le développement de sa pratique artistique, tout en menant des projets autour de nouvelles formes de pédagogie dans les écoles d’art et de collaborations entre les champs artistique et social.

Sa démarche artistique s’étend à la photographie, à la recherche théorique, à l’écriture, à l’installation et à l’édition. Chaque projet prend la forme d’une enquête spécifique au site, explorant les tensions latentes, les usages, les mutations et les dynamiques propres à un lieu donné. Elle s’intéresse particulièrement aux environnements en transition, marqués par l’instabilité, les flux de production et de consommation, et les formes invisibles de pouvoir.

Ancrée dans une recherche in situ, sa pratique examine la manière dont l’espace est construit, habité, transformé et parfois contesté, notamment dans les contextes urbains occidentaux. En conciliant une approche conceptuelle avec une expérimentation matérielle, elle travaille entre image et objet, explorant les glissements de sens à travers formes et supports.

Chaque territoire investi devient un terrain d’analyse spatiale où se croisent traces historiques, récits construits, interventions physiques. Francesca considère la ville comme un document stratifié, dont elle recueille les fragments — vestiges architecturaux, débris, images d’archives — pour en proposer une relecture plastique et critique.

Ses installations fonctionnent comme des constructions temporelles, ouvertes, inachevées, en perpétuelle évolution. Plutôt que de viser une forme définitive, elles mettent en avant la transformation des matériaux et la multiplicité des lectures.

Au cœur de sa pratique réside l’acte de « re-cadrer » (re-frame) : défier les logiques spatiales dominantes, proposer de nouvelles perspectives sensibles sur nos environnements, en embrassant l’ambiguïté, l’instabilité et la complexité. Ses œuvres ne délivrent pas de discours fermés, mais se présentent comme des cadres visuels ouverts, invitant à la réflexion, à l’interprétation et à un engagement critique avec les structures qui façonnent nos espaces de vie.

QUAND ?

20.09 > 11.10
mer – sam : 11h – 18h
+ dim 28.09 & 5.10 : 11h – 18h

Vernissage
sam 20.09 > 14h – 21h

COMMENT ?

Bus : lignes 7, 8, 14, 19, 88
Tramway : arrêt Vauban
Train : gare de Riquier

+ 2 stations vélo-bleu sur la route de Turin et le boulevard Vérany