Ce projet est né de l’invitation d’Amélie Nicolas, sociologue et enseignante chercheuse de l’école d’architecture de Nantes et du laboratoire de recherche CRENEAU, regroupant des chercheurs de différents horizons (sociologues, urbaniste, architectes, géographes, ingénieurs etc.), autour de la question du devenir des anciennes colonies de vacances sur le littoral vendéen. Cette recherche, menée au sein du laboratoire, s’intéresse au déclassement de ces espaces par choix politiques et sociétaux.
Je me suis rendue avec eux à St Hilaire de Riez, petite commune ayant connu un afflux massif de colonies de vacances de la banlieue rouge parisienne au sortir de la seconde guerre mondiale.
Du fait de cette histoire, elle est aujourd’hui une intense station balnéaire l’été . Cette invitation m’a permis de poursuivre ma recherche sur les périphéries mouvantes et les espaces en déclassement de la métropole et d’aborder la question de l’échelle et des limites d’un territoire, celui du « grand Paris ».
Ici, c’est d’autant plus intéressant que le déplacement d’échelle se pose sur un territoire qui est une forêt, patri- moine de L’ONF, et qui contient en lui une sorte de micro- cosme en ruine des villes périphériques proches de Paris. Je me suis attachée, pendant deux années à enregistrer la lente dégradation de l’une de ses colonies, celle de la ville de Houilles abandonnée en 2018. Elle m’a semblé un terrain propice pour connecter plusieurs récits, celui d’une mémoire des bâtiments, d’une histoire de l’éducation par le plein air aujourd’hui révolue et d’une réappropriation sauvage de ce bâtiment par des activités nocturnes illicites ( urbex, graffitis etc…).
L’idée de ce travail a été de produire une sorte de “futurologie” à partir d’une enquête de terrain mêlant des sources d’images très diverses et articulant documents de recherche, archives personnelles et images produites allant vers une forme « sciencefictionnelle». La construction de ce récit fragmentaire à partir des « délaissés » superpose une catastrophe à une autre; celle à venir celle de la submersion du littoral.
Intervenant comme les groupes et personnages divers rencontrés sur le site je m’y suis rendue principalement la nuit, pour enregistrer les traces de ces occupations récentes mais aussi la lente dégradation des objets laissés à l’abandon. J’ai réalisé une sorte de mouvement fragmentaire comme une dissection sur les objets délaissés des enfants qui sont comme des corps et des activités à recomposer.
Je me suis proposée cet espace comme une sorte de studio travaillant les éclairages comme pour maquiller ces scènes « de crime ». Le déplacement dans cet espace entre la salle de jeux, les salles de classe, le couloir des chambres et la buanderie se fait quasi au ras du sol dans une recherche chromatique sur les effets de l’éclairage artificiel. Les couleurs sont saturées comme les couleurs des graff sur les murs et l’éclairage LED rappelle les effets de certains éclairages urbains.Les pauses étant parfois très longue la chromie de la bobine argentique a parfois dérivé proposant une sorte d’hallucination visuelle du site en “souffrance”.
La colonie a été entièrement détruite au début de l’année 2025 et le terrain remis à l’ONF en l’état.
Des arbres seront replantés effaçant toute trace de cette histoire et de cette mémoire.
Enfin cette série me permet d’évoquer des figures artistiques et littéraires. Les deux séries «vandalism» et «zuma» de John Divola m’intéressent particulièrement dans leur approche d’intervention performative sur les espaces mais aussi par la tension du rapport entre document et picturalité, qui est au coeur de ma pratique.
Cette série très « fictionnante» à travers cette description d’un espace collectif et insulaire me permet aussi de convoquer une certaine littérature de «genre anticipation», comme celle de J.G. Balard et d’Antoine Volodine.
Ce travail se poursuit par une résidence de production cette année avec l’école préparatoire d’art d’Issy les Moulineaux grâce à une aide de la DRAC île de France qui me permet de mettre en scène et en récit les différents composants du projet ; archives, textes et images.
Ce travail a reçu les soutiens du CNAP à la photographie documentaire et de la DRAC île-de-France.
Anne-Lise Seusse produit un travail photographique et vidéographique autour de la question du territoire. Elle s’intéresse tout particulièrement au micro-phénomène de ritualisation de certains espaces, situés le plus souvent en périphérie des grands centres urbains, à travers la pratique d’activités de loisirs. La création de ces communautés singulières-un groupe de retraités pratiquant le ball trap, des free riders descendant une zone militarisée, des participants au jeu de rôle grandeur-nature génère des situations qui vont parfois à l’encontre de l’organisation politique de ces sites. Avant de (re)composer des ébauches de fiction, l’artiste tente d’adopter une position d’extériorité qui n’est pas sans rappeler une démarche anthropologique (approche lente du terrain, prise de notes, croquis d’implantation des groupes…), documentant ces lieux porteurs de récits et réalisant des portraits des protagonistes qui les occupent: son travail de reportage opère dans ces zones de glissement et de confrontation.
Outre des études de philosophie, Anne-Lise Seusse est diplômée de l’Ecole Nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Elle enseigne l’image en tant que maitresse de conférence à l’ENSA Paris Malaquais.
Ses oeuvres ont été diffusées, entre autres, au Creux de l’enfer à Thiers (2008), au centre Photographique d’Ile-de-France à Pontault-Combault (2010), à l’Institut D’Art Contemporain de Villeurbanne (2011), à La National Gallery de Cape Town (2012), au Palais de Tokyo (2012), au Centre Photographique de Lectoure (2013), au Centre International d’Art et du Paysage de Vassivière (2013), à l’ESA Paris (2014), au Micro onde (2015), au MuMa (2017) et au Frac Limousin (2018). Elle a participé à l’exposition collective « souvenir nouveau » invitée par Anne Bonnin en 2023 au Grand café à St Nazaire.
Elle travaille sur un projet au long court en Afrique Sud avec le soutien de la Fnagp. Plusieurs de ses photographies et vidéographies appartiennent au FRAC Limousin.
Elle a réalisé la commande photographique des regards du Grand Paris avec le CNAP et les ateliers Médicis qui a fait l’objet d’une exposition avec ces institutions en 2022 aux magasins généraux .
Elle est invitée en 2021 par le projet de recherche Holi-D avec l’ENSA de Nantes et le le laboratoire Espaces et Sociétés à produire une série d’images autour de la disparition et la requalification des espaces des colonies de vacances sur le littoral vendéen. Ce travail de recherche est soutenu par le CNAP en 2022.
Un extrait de cette série intitulée « les enfants du palais sous la mer » a été exposé par le studio de la MEP en 2024. Ce travail se prolonge en 2025 autour de la question de l’archive.
20.09 > 11.10
mer – sam : 11h – 18h
+ dim 28.09 & 5.10 : 11h – 18h
Vernissage
sam 20.09 > 14h – 21h
Bus : lignes 7, 8, 14, 19, 88
Tramway : arrêt Vauban
Train : gare de Riquier
+ 2 stations vélo-bleu sur la route de Turin et le boulevard Vérany